Au bonheur des dames

Alors, que dire ? J’avais déjà présenté ce livre dans mon article sur le bingo saisonnier des tamias. Ce n’est pas une grande surprise de le trouver ici, donc. Comme je l’avais dit, je n’ai pas étudié Zola au lycée. Tout ce que j’en connaissais, c’était le dégoût de mon frère pour Germinal et les blagues littéraires sur son style. Pas grand chose donc, aucun à priori particulier. Mais il se trouve qu’un de mes amis, une loutre très peu loquace, adore Zola. C’est son auteur préféré et il a donc mis une case “Zola” dans le bingo. Vu que je n’y connaissais rien, je lui ai demandé de l’aide et c’est ce dernier qu’il m’a conseillé. Donc, même si je ne savais pas du tout dans quoi je m’engageais, j’avais confiance en lui. 

Par contre, ça me tue parce que je me souvenais vaguement avoir vu des résumés de ce livre et rien de ce que je me rappelais ne correspond à la vraie histoire.

Au bonheur des dames

Auteur : Emile Zola

Date de publication : 1883

Nombre de page : 544

Heures d’écoute : 15 h 41

Résumé : Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s’amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu’une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d’enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d’elle le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Zola plonge le lecteur dans un bain de foule érotique. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.

Mon avis :

Alors, verdict ? Eh bien, j’ai beaucoup aimé ! Non, ne te cache pas dans ton terrier, petit lapin. Je vais t’expliquer pourquoi.

D’abord, je vais aborder un point quelque peu… double tranchant ? De fait, j’inaugure une nouvelle catégorie.

Quand je demande aux gens qui n’aiment pas Zola ce qui les repousse, la réponse qui revient le plus est son style. Zola écrit avec un point de vue omniscient poussé à l’extrême. Toutefois, cela ne me choquait pas plus que cela… Je sortais à peine de ma lecture de “Ca” de Stephen King qui a la même manie et ça ne m’avait pas dérangé. Au contraire, je trouvais que cela favorisait l’immersion dans le récit. Ceci dit, je me dois d’être honnête, cela a marché surtout car j’ai lu les deux en audio. Je sais qu’en version papier, cela n’aurait pas été la même. 

Je vais tout de même détaillé un chouïa et continuer ma comparaison avec “ça”, navrée si certains trouve cela de mauvais goût >//<.

Les deux oeuvres portent une très grande attention aux détails : il y a de très longues et de très grandes description de manière régulière. Si dans “Ca”, cela sert surtout pour donner dans du rythme ou de la symbolique, dans le Bonheur des dames, cela sert un but très simple : faire vivre le magasin.

Parce que oui, tous les personnages sont subjugué par lui, c’est l’enjeu central du roman, on lui prête presque une aura surnaturelle… Donc il faut qu’on y croie ! Il faut que le lecteur lui-même en soit charmé. De fait, il y a la tonne de description sur ses vitrines, sur sa taille, sur ses rayons, sur son système économique, sur son prestige, sur ses produits également ! Même si tu ne comprends absolument pas de quoi on te parle – probablement que les lecteurs de l’époque pouvait se le représenter, moi pas du tout. On t’envoie tellement de paillettes dans les yeux, de noms, de mélioratifs, de tout… que tu en restes muet d’admiration. “Ooooooh…. Jépacompri mais ça a l’air luxueux ?”.
Le deuxième point de cette narration omnisciente et qui m’a vraiment fait penser à “Ça” c’est que le moindre figurant, la moindre personne qui rentre dans le cadre de l’histoire, a droit à un background détaillé sur plusieurs lignes. Imaginez. Une dame entre dans le magasin. Des multitudes de questions ne se posent PAS dans votre tête : qui est-elle, d’où vient-elle, quel a été son parcours jusqu’ici, est-elle marié ou a-t-elle des amants ? Toutes ces informations vous seront livrés dès sa première apparition, et ce, même si ce sera sa SEULE apparition. 
Dans “Ca”, cela servait à donner une impression que tout était lié et renforcer l’aspect “village” (même s’il s’agit d’une ville, techniquement). En effet, si le moindre figurant que l’on croise se révèle être le cousin par alliance de Machin qui est lui même le fils de Bidule qui a [insérez ici un lien avec un évènement produit], eh bien on a le sentiment en permanence d’être dans une toile, qu’il n’y ait personne qui n’ait pas trempé de près ou de loin dans ses histoires. Cela participe à l’ambiance.
C’est pour cela que Zola l’utilise pour donner une impression diamétralement opposé. Il ne veut pas donner l’impression que les gens soient liés, au contraire. Les personnes qui entrent dans ce magasins n’ont rien à voir les unes avec les autres. Il en vient des quatre coins de la France, tous par des chemins différents. On y voit des riches, des pauvres, des hommes, des femmes, des nobles, des bourgeois, des vendeuses aux positions hybrides, des parisiens de souche ou encore d’autres nouveaux-arrivés, des “de passage”, des dépensières, des économes, des frivoles, des sérieuses, des mariés, des veuves, des célibataires, des filles qui prennent un (ou plusieurs) amant(s) et d’autres qui s’y refusent, des hommes qui draguent et d’autres qui se méfient, des mondaines, des discrètes, des idéalistes, des pessimistes, des vendeurs, des commerçants, des concurrents et tellement de clientes. Un bien joli monde qui essaye de brasser toutes les catégories de la population et de donner une idée de qui pouvait côtoyer ce genre de grand magasin — et les problèmes que cela a engendré.

Ouais et bien parlons-en justement. C’est bien beau de présenter chaque personnage que l’on croise mais c’est assez mêlant. Comment savoir qui est important et qui ne l’est pas ? Au début de l’histoire, j’avoue que je me perdais constamment dans les noms, à essayer de me rappeler qui était qui. Les vendeuses, cela allait encore car elles avaient toute un caractère très tranché et il n’y en avait pas beaucoup. Mais les vendeurs alors… j’étais paumée en permanence. Pareil pour les clientes. Et parfois, je me demandais ce que cela apportait à l’histoire.

Paradoxalement, il y a UNE cliente dont on ne sait et dont les vendeurs s’inventent des histoires à chaque fois qu’il la voit. Peut-être qu’elle a un enfant ? Peut-être est-elle veuve car elle est en deuil ? Oh tiens, cette fois-ci, elle semble heureuse. Un vrai mystère tout au long du bouquin qui ne sera jamais résolu. Alors que moi, je voulais savoir ! Cette absence de réponse me frustre ! On dirait une fin non achevée et j’y reviendrais sur la fin.
De plus, et je l’ai déjà dit, si j’ai aimé ce style, je ne suis pas dupe. C’est uniquement à cause du format : cela passe beaucoup mieux en audiobook. On se laisse raconter par quelqu’un qui nous vend du rêve. Je comprends aisément que certains aient beaucoup de mal avec, surtout en version papier. Je ne suis pas certaine que j’aurais eu le même avis si je l’avais lu de cette manière.
(Quoi que, si vous me permettez cette digression, je me demande. J’aime Balzac ♥ et il y avait aussi ces descriptions et ces personnages mais je n’ai pas le souvenir qu’il y en ait eu autant).
Mais de fait, si vous n’arrivez pas du tout à accrocher au style, la lecture risque de devenir un calvaire et c’est quand même assez embêtant.

Voilà pourquoi je classe le style comme un élément à double tranchant.

Mais passons au points positifs, tout de même 🙂

La versio audiobook est très bien ! Je n’ai pas arrêté d’y faire mention donc autant commencer par ceci. J’ai lu la version par Evelyne Lecucq et elle était de très bonne qualité. Une petite recherche google m’a appris que c’est une comédienne, avec de l’expérience dans le drame radiophonique (ooooh), le théâtre et la marionnette, entre autre. Une personne d’expérience, en somme. Elle a une voix agréable, posée et qui instaure assez vite l’ambiance. Niveau personnage, même si j’ai déjà entendu mieux et plus marqué, elle se débrouille plutôt bien et fait bien ressortir les émotions des dialogues. Ce n’est pas un coup de coeur pour moi mais c’est quelqu’un que je réécouterais avec beaucoup de plaisir. Aussi, si vous cherchez un bon livre audio, je vous le conseille fortement. 

J’ai trouvé que le livre, alors qu’il dépeint une certaine époque donnée, restait remarquablement bien d’actualité. Je ne m’y attendais pas. En même temps, le livre parle de capitalisme. Toute la partie sur comment ce grand magasin fonctionnait, comment on attirait le client, comment on lui faisait acheter plus était hyper intéressante. Au début, je croyais qu’il allait s’effondrer car tout le monde prophétisait cela et au final, on le voit grandir, grandir, sans s’arrêter et en écrasant tout sur son passage… C’en était un peu effrayant x’).

Je crois que j’ai trop l’habitude où la nature et le village terrasse le méchant grand magasin/progrès/capitalisme grâce au pouvoir de l’amour et tout… eh bien c’est totalement l’inverse et presque montré comme positif, comme inéluctable, la preuve du progrès auquel il faut s’adapter ou mourir. Paradoxalement, on nous montre aussi tous les défauts, tout ce que cela engendre de mal par les brimades, la compétition à outrance entre vendeurs, les méchancetés, les trahisons, les licenciement à la chaîne à coup de « Monsieur, passez à la caisse » si bien qu’on en vient à penser qu’il faudrait être maso pour travailler là dedans quand tout le livre s’acharne à nous montrer qu’il n’y a aucune alternative.

C’est aussi étrange que ce grand magasin soit montré comme positif, signe de progrès quand on voit ce qu’il provoque à tous ses petits concurrents autour. C’est annoncé dès le début mais les voir tomber les uns après les autres avait quelque chose de triste, surtout avec ces cortèges d’enterrement. C’était… Wow.
L’autre point fort du livre sont ses personnages, et en un sens, heureusement vu combien de temps on passe dessus, sans compter tout le background qu’on nous déverse à la moindre occasion. Je ne vais pas m’étendre sur tous parce que je l’ai déjà fait en haut dans le style et même si j’ai bien aimé Mouret, qui est un des deux personnages principaux, beeeen… Je n’ai pas grand chose à dire sur lui. C’est un entrepreneur, un idéaliste, un séducteur qui pense qu’il ne se prendra aucun retour de bâton… Et puis c’est tout. Il est intéressant à suivre, on apprend beaucoup de son point de vue mais je ne me vois pas tenir un paragraphe entier sur lui.
Celles qui tirent le plus leur épingle du jeu, ce sont les femmes. Et ce n’est pas juste une impression de ma part, le livre tient réellement une part importante aux femmes et le dit clairement. Ce sont elles les principales cibles du magasin, elles qu’il faut charmer sans compter l’histoire de « celle qui les vengera toutes ». Qu’elles soient vendeuses ou acheteuses, d’ailleurs.
Vu qu’un des objectifs du livre est de dépeindre la France de son époque, Zola essaye de retranscrire le quotidien d’une femme à l’époque et les injonctions contradictoires qu’elles reçoivent. Elles sont forcées à être « maîtresse de », « femme de » et il est insisté plusieurs fois qu’elles ne peuvent pas gagner leur vie seules, en tout cas pas à Paris. Elles doivent toujours être dépendantes de quelqu’un. Ce ne sont pas elles qui gagnent l’argent pourtant c’est à elles de le dépenser et c’est elles qui sont visés par les grands magasins. Si elles sont mariées, leur mari peut potentiellement les tromper sans qu’elles n’aient leur mot à dire mais à l’inverse, si elles ne le sont pas et enchaînent les amants, elles sont également mal-vues. Paradoxalement, chez les vendeuses, se marier signifie être renvoyé, à moins d’être haut placé. Il n’y a donc aucun moyen de gagner à ce jeu.
De plus, il y a aussi tout un commentaire sur les classes sociales, entre les bourgeoises et les nobles – peu étonnant, vu l’auteur. Et au milieu de tout cela, il y a les vendeuses qu’on décrit comme hybride car elles ont soudainement à plus de luxe que les acheteuses mais sans avoir le statut si bien que cela clashe en permanence (navrée, je n’ai pas d’autres mots).

J’espère que vous avez compris ce que j’essayais d’expliquer mais en tout cas, j’ai trouvé cette partie-là fascinante.
Et au milieu de tout cela, il y a Denise qui est le personnage principal. De prime abord, elle pourrait paraître un peu pleurnicharde car elle a plusieurs moments où elle fond en larmes ou presque sous le coup de l’émotions.
Pourtant, elle est bien plus solide que cela. Je n’ai pas lu les autres livres de Zola, je ne peux donc pas en attester mais il paraît qu’elle se démarquer des autres héroïnes de Zola comme Nana. Apparemment, Zola avait l’habitude des femmes dépendantes, subissant la société, là où Denise est « seule, d’une grande rigueur morale, indépendante dans son travail et sa pensée » (dixit Jurate D. Kaminskas) et j’ai trouvé cette description tellement juste que j’ai voulu la mettre.
Denise est très forte, très droite dans ses bottes. Elle a une certaine conception de la vie et ne va pas la changer pour les beaux yeux d’un homme. En fait, dès le départ, là où tout le monde lui dit de prendre amant ou mari, elle refuse. Elle a ses deux frères à charge, ses parents sont morts, elle a clairement d’autre chat à fouetter que se préoccuper de cela. Ce n’est pas un Eugène de Rastignac qui va débarquer idéaliste, se faire corrompre et finire cynique.
Certes, elle va s’en prendre plein la gueule, et pas qu’un peu. Son premier jour est catastrophique, par exemple. Elle se prend crasse sur crasse des autres, doit endurer les conditions de vies précaires, se faire une place, s’oublier afin de pouvoir subvenir à ses frères – alors que l’aîné est un petit con qui ne lui cause que des ennuis. Et le reste serait du spoil mais vous avez compris l’idée. Evidemment, elle va s’endurcir devant tout cela, apprendre à jouer avec ses règles de ce monde nouveau pour elle mais toujours en restant à fidèle à ce qu’elle est. Ce que j’ai trouvé assez satisfaisant.
Et je m’arrête là pour le positif.

Et finissons avec le négatif, comme à notre habitude. Honnêtement, je n’en ai pas noté beaucoup cette fois. Certes, il y a les points dont j’ai parlé plus haut : on se perd un peu trop dans les personnages, parfois on ne sait pas si ce qu’on lit a une importance pour le récit et puis ma frustration pour cette belle inconnue !
Toutefois, il y a deux autre points sur lesquels j’aimerais revenir :

La fin. Clairement.
Vous le savez, mes critiques sont spoiler-free donc je ne vais pas détailler sur ce qui ce se passe mais… Bordel. C’est quoi cette fin ?
Je ne saurais même pas par quoi commencer. Déjà, il y a une péripétie (?) importante qui arrive, en ayant été très peu préparée et sonne comme un cheveux sur un soupe mais en plus, elle n’a aucune incidence. On ne sait pas ce qui se passe après pour cette dame et on aurait pu l’enlever que cela n’aurait rien changé.
Et puis il y a ces dernières lignes qui paraissent tellement précipités et peu réalistes – ne serait-ce qu’avec les zigottos en bas qui applaudissent à la déclaration. Je… Nan, vraiment, je ne comprends pas.
Et puis, la romance m’a laissé de marbre. Elle n’était pas horrible mais je n’en avais rien à faire.
Hum… En fait, c’est un peu compliqué à développer si bien que je n’ai plus rien à dire ?
Cela aurait été très court ?
En résumé ? J’ai bien aimé, même si je comprends sans peine que d’autres aient du mal. La version audiobook m’a beaucoup aidée. J’ai été marqué par la description de ce monstre capitalisme et de la société de l’époque, notamment du point de vue des femmes. Les personnages m’ont plu, surtout Denise. Mais la fin est trop bizarre pour moi et la romance m’a laissé de marbre.
Avis définitif : Si vous n’avez jamais lu Zola, clairement, je pense qu’il est excellent pour commencer. Je le recommande sans hésitation. J’ai passé un excellent moment dessus.
Si vous aimez déjà Zola… Eh bien, je suppose que vous l’avez déjà lu.
Si vous n’aimez pas du tout ce style, essayez la version audio, au cas où.
Et si vous êtes un lapin, cela ne vous plaira surement pas mais j’espère que mon article aura tout de même été intéressant.
Sur ce, merci de m’avoir lu ! Et je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle critique 😀

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