De la défense des albums

[Où je m’interroge. Beaucoup.  Et que je déverse mon sel. Pas mal.]
J’aimerais pouvoir me dire que je lis de tout. Et pas qu’à moi, mais aussi aux autres. J’aimerais pouvoir prétendre à cette universalité, ce goût de la connaissance qui, si j’avouerais sans honte avoir des préférences dans ces genres, m’aurait poussé à tout regarder, tout lire, tout goûter, ou au moins un peu de chaque. Pouvoir, sans m’en prétendre experte, avoir connu chaque thème, chaque genre, chaque nationalité et avoir une idée globale de la littérature. Sortir de ma zone de confort au moins un peu, histoire d’en chercher peut-être une autre, ailleurs, de découvrir ce que j’ignore ignorer, de me défaire de mes préjugés ou au contraire de pouvoir argumenter pourquoi ça, ce n’est vraiment pas pour moi. Avec le risque de revenir bredouille voir perturbée, mais au moins, avoir la sensation d’avoir essayé, une fois ou plus, d’avoir cherché et la fierté d’avoir eu cette curiosité.


Mais c’est là que le bât blesse : je ne lis pas de tout. Je lis bien plus qu’avant, en termes de diversité, grâce aux bingos de mon discord ou son club de lecture qui m’envoient souvent chercher où je n’aurais jamais songé. Je lis davantage, grâce aux chaînes booktubes également,que j’essaye de diversifier pour ne pas retrouver les mêmes livres en boucle. J’ai diversifié, j’ai tenté. Mais même là, je me rend parfois compte de cette vérité : je ne lis toujours pas de tout.


Il y a encore tellement de genre que je n’ai pas effleuré. Je ne connais rien de l’afrofuturisme ou de la littérature d’un seul pays d’Afrique. Et il y en a 54, bordel ! Ma carte livraddict demeure vide de mon ignorance et concentrée au même points, comme si une bonne partie de mes lectures venaient sans arrêt des même pays (on me souffle dans l’oreillette que c’est le cas). Je n’ai jamais lu de space opéra, encore moins de planet opera. La science fiction est censée être un de mes genres préférés et pourtant elle est rempli de sous-genre inconnus, de terres inexplorés, de -punk non lus. Mon théâtre est scolaire, ma poésie lamentable. Et dans tout ceci, comment ne pas croire qu’il en existe encore tant que je saisis même pas ? Le constat est sans appel : clairement, je ne lis pas de tout.
Mais au moins, me dis-je, je peux me targuer de lire beaucoup de littérature jeunesse – et en soit, ce n’est pas faux. Quand je vais dans ma librairie favorite, je tourne toujours dans le même étage. Si je parle à des amis, ils me répondront la même chose, j’ai cette réputation. Je suis la première à monter au créneau pour le défendre et la première à en parler librement. C’est d’ailleurs un peu pour cette raison que j’attire les remarques et autres incompréhensions sur pourquoi je ne lis pas de la vraie littérature au lieu de ces “bêtises pour enfant”, les injonctions à “grandir” et bla, bla, bla, ce n’est pas le sujet de cette chronique mais mangez quand même mon sel à ce sujet.

(D’ailleurs, le truc qu’on me reproche ensuite, c’est de vouloir convaincre les gens à tout prix de lire de la jeunesse. Et non pas que je ne veuille encore déverser du sel mais le débat stérile finit toujours par dériver là dessus. Cependant, coupons court à la salière, la qualité ou non du livre jeunesse n’est pas du tout le débat d’aujourd’hui. Un jour peut-être, mais pas maintenant. )


Et même là, le bât blesse et encore plus qu’en général : je ne lis toujours pas de tout. C’est pourtant étrange ! Après tout, j’adore ça et j’écume les rayons, en jouant à “toi, je t’ai lu, toi aussi, toi je t’ai, toi je te veux !”. Mais soyons honnête, mes goûts se portent pas mal sur le young adult et sur les romans pour adolescents, ces romans qui, par essence, commencent à être à la frontière avec l’adulte, dans cette zone un peu floue, un peu grise. Parfois, je mets mon scaphandre et je plonge plus bas, jusque dans le pré-adolescent. Soit que je veuille remonter une lecture d’enfance, dont la relecture me fera voir un nouveau côté, soit qu’une nouveauté m’ait tapé dans l’oeil. Mais plus bas ? Fichtre non ! J’adore l’école des loisirs, je trouve cette maison d’édition merveilleuse mais mes lectures se concentrent trop dans la collection Médium. Cela fait si longtemps que je n’ai été pioché dans les premiers romans, la bibliothèque rose et toutes ces petites merveilles sur lesquels on a appris, débuté à lire. Pourtant, il doit y avoir son lot de pépites, comme partout ailleurs, certaines même assez pour nous enchanter adulte. Alors pourquoi je ne creuse pas assez profondément de ce côté ?
Et là, soudainement, j’ai eu cette révélation/question : cela fait combien de temps que je n’ai pas lu un album ?
Un album, qu’on se mette bien d’accord, c’est un livre où le ratio texte/image est en faveur du deuxième. “Un livre avec plus d’images que de texte”, comme on dirait, au contraire du roman qui aurait plus de texte que d’images.

Et là, la question que je me pose, c’est “mais alors, quelle est la différence avec une bande dessinée ? La BD aussi, a un ratio en faveur de l’image. Et je lis de la BD – ainsi que du manga, du comics, du manwha etc. Donc pourquoi je suis attirée par l’un et pas par l’autre ?”. C’est peut-être se perdre en détour mais je pense que ça vaut la peine de se poser la question.
A première vue, et après rapide sondage, la différence est avant tout “structurelle” : dans une BD, il y a des cases, il y a des bulles et l’histoire est “contenue dedans”. L’album, lui, serait plus court et destiné à un public jeunesse (mais j’ai des doutes là dessus). Toutefois, on me note que cela peut potentiellement être flou si l’auteur/autrice le décide et je sens que c’est sans doute vrai.
Une maman est aussi passée et a rajouté des détails : une BD, c’est bien plus dur à lire à haute voix qu’un album (“faut suivre la case du doigt, voire les perso pour que l’enfant comprenne qui parle”), ce qui a du sens pour moi. Il me semble qu’il y a vraiment une dimension lecture à voix haute dans l’album. Elle ajoute également : il n’y a qu’une seule trame dans un album alors qu’une BD peut en avoir plusieurs (strips ou intrigues secondaires). Un album, c’est plus cher… Toutes sortes de précisions utiles.

Google m’informe un peu plus : la bande dessinée a plus d’images et elles soutiennent davantage le texte tandis que celles de l’albums ne sont là que pour mettre certains aspects en lumière (source). Ok, peut-être que se poser cette question n’aura pas été une perte de temps. Après tout, je visualise mieux désormais et surtout, j’ai trouvé de plus amples renseignements.
En farfouillant, je suis tombée sur cette fiche qui a le mérite non négligeable d’être très complète et très scolaire. Et j’avoue, cela m’intéresse beaucoup. Wikipedia me confirme également : il existe des albums adultes. 

“Le Salon du livre et de la presse jeunesse comporte tous les ans une section adulte, pour les amateurs de ce type d’ouvrages.” 

Oui, c’est logique. Après tout, l’album, c’est un format. La différence avec la bande dessinée est surtout structurelle donc pourquoi ne pourrait-on pas y raconter ce que l’on veut ? Et que se passerait-il si quelqu’un écrivait un album pour adulte ? Le monde exploserait sous la puissance de ce paradoxe ? Ca n’a pas de sens. Donc oui, il en existe pour adultes mais ils sont apparemment moins nombreux. Une autre piste à creuser, tiens.
Ok, maintenant, je vois mieux, je suis un peu intriguée, il serait peut-être temps de plonger. Je n’ai pas eu le temps d’en lire beaucoup encore. J’en ai commencé un, puis un autre. J’ai essayé de me rappeler ce que j’avais lu pendant les vacances de février, quand mon neveu était là et que ses livres traînaient par terre. J’ai écumé les catalogues et livraddict. Je ne me prétends clairement pas experte car mes lacunes sont criantes mais, je tente. Voici cinq raisons d’au moins essayer de lire plus d’albums, et avec des exemples parce que pourquoi pas ?

1. Pour le dessin

Ouais, cela devrait être la première raison à me venir en tête. Après tout, j’aime le dessin, en plus de la lecture, et l’album n’est-il pas le livre qui fait la plus belle part au dessin ? (Avec la bande dessinée, évidemment). Et pour le coup, il y en a pour tous les goûts : de la peinture au numérique, du crayon de couleur au pastel… Je crois même en avoir vu au fusain mais je ne retrouve plus le titre et je sais que certains n’hésitent pas à partir sur du encore plus original. Et ça, uniquement pour la technique car, en fonction du genre de l’album, le dessin peut aller du minimaliste au très détaillé et le style du dessinateur ou de la dessinatrice joue beaucoup.

Personnellement, j’ai déjà acheté des BDs parce que j’avais un faible pour le style de l’auteur. Alors, les albums, c’est un peu pareil. Le premier que j’ai pris pour cet article, c’était “Le secret du rocher noir” de Joe Todd-Stanton et regardez un peu ce style de dessin. Regardez un peu cette attention au détail, la tête des petits poissons.
Ok, peut-être que ce n’est pas du tout votre style, aussi vais-je tenter d’étoffer un peu. Ce que je pense, en lisant cet album, c’est que c’est beau. Ca me touche, j’aime regarder, me perdre dans les détails. J’y prends du plaisir à le lire. Et peut-être que si trouviez un album avec un dessin qui vous plait vraiment, eh bien cela vous ferait le même effet.

Et encore, là je parle d’album racontant des histoires mais il y a plusieurs albums qui ont pour but d’instruire à la culture artistique, ils n’y vont pas de main mortes sur l’illustration. Par exemple, avez-vous déjà vu passer ce titre sur Frida Kahlo ?
Mon premier argument étant déjà bien assez long, je m’arrête là et vous laisse avec une sélection de styles variés, au cas où vous y trouveriez votre bonheur.

2. Pour la variété d’émotion

La première chose à laquelle j’ai pensé, quand j’ai visualisé un album, c’était une petite histoire mignonne, simple et pleines de bons sentiments. J’avais préparé mes arguments, tout bien ordonnées. Et puis je me suis rappelée d’un truc : Otto.
Quelqu’un, dans ce monde, s’est un jour dit que ce serait une bonne idée de faire un album jeunesse avec un ours en peluche pour parler de la seconde guerre mondial ! En quoi est-ce mignon ? Est-ce que personne n’a dit à ce monsieur que la guerre, ce n’était pas vraiment kid-friendly ? Apparemment non et ce monsieur, c’est Tomi Ungerer, un des très grands noms de l’album jeunesse. Le pire étant que… il n’est clairement pas le seul ! Des livres sur la guerre, on en trouve pas mal. Certains prenant le point de vue d’enfants, d’autres d’objets inanimés, parfois d’adultes… Comme par exemple ce livre-ci que j’ai présenté plus haut :
Les albums ont une sous-catégorie pour aider les tracas du quotidien. Ca va de “apprendre à aller sur le pot” à “faire le deuil d’un animal ou d’un membre de sa famille”. C’est comme ça qu’on voit de très jolis albums, à destination des ch’tits enfants, expliquant que mamie est morte et que tu ne vas plus jamais la revoir, plus jamais ♥ . Des histoires si douces et si niaises ♥ ♥ ♥

Sans compter les trucs bizarres sur lequel je suis tombée en faisant mes recherches comme cette couverture flippante avec des chiens en portraits qui. te. regardent. avec leur yeux globuleux… dans une ambiance glauque. Cette couverture hantera mes cauchemars désormais. Ou encore cet album apprécié dans lequel il y a un cadavre de fée o/* Disséqué. Pour ma plus grande joie. Avec une très belle vue sur des viscères qui se veulent réalistes (je vous en fouterais moi de la niaiserie des albums, en quoi c’est niais ça ? Rendez moi mon innocence 😭😭😭).
Hum, tout ça pour dire… L’album est avant tout un format. On peut y faire ce qu’on veut dedans. Et sans aller aussi loin dans le clivage niais/perturbant, je peux juste me rappeler d’albums de mon enfance qui avait tout pour vocation de me faire rire. Il devait aussi y en avoir qui avait vocation de faire peur aux enfants, après tout, le monstre est très présent, pareil pour la sorcière. C’est nous qui avons cessé d’avoir peur mais rien n’empêche qu’il existe peut être des albums adultes qui font peur. Il y a sûrement une infinité d’histoires et si certaines s’adressent vraiment à une tranche d’âge trop précise (comme tout ce qui est de l’ordre de la rentrée des classes ou du quotidien d’un tout-petit), il existe toute sortes d’histoires.

D’ailleurs, j’ai aussi retrouvé ceci en lisant mes recherches. C’est un livre jeu et j’ai souvenir d’avoir passé des heures sur les livres de cette collection. C’était réellement d’excellente qualité, moins compliqué que les romans dont vous êtes le héros et probablement assez accessible.

Mais j’ai également dit que je ne forcerais personne à aimer la littérature jeunesse alors il est temps de sauter à pied joint : quand est-il des albums adultes, réellement destinés aux adultes ? 

J’ai pris mon scaphandre et je suis partie explorer. Spoiler : c’est plus compliqué que ce que je ne le croyais. 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais être claire sur un point : oui, il existe des albums adultes qui sont à caractère érotique, humour obscène ou pornographique. Non, on n’en parlera pas ici. Mais sachez que ça existe. Si vous en voulez plus, google est votre ami.
DONC.

Naïvement, mon premier réflexe a été chercher sur google. Les résultats n’ont pas été très… concluant. Je n’ai pas trouvé de maisons d’éditions entièrement dédiées à la choses ou de collections qui seraient clairement cataloguées. J’ai trouvé des choses, certes ! Et je vais les détailler juste en dessous mais pas ce à quoi je m’attendais. Quand à la phrase prometteuse de wikipedia, j’ai déchanté tellement vite : les soit-disant albums primés sont en réalité… Des BDs. Comme si, vraiment, l’album et la BD était sur un même continuum. Ceci dit, le site du salon du livre et de la presse jeunesse est plutôt bien fait et regorge d’idées donc je vous conseillerais d’y jeter un coup d’oeil.

Cependant, je n’ai pas fait totalement chou blanc. Par exemple, j’ai trouvé cette interview intéressante d’un auteur qui explique une partie du problème : 

“J’ai essayé de faire des albums illustrés pour adultes – ou jeunes adultes -, mais ça n’a pas fonctionné. L’édition et la librairie ne sont pas prêtes, et les lecteurs encore moins. Soit l’éditeur refuse le projet, soit il l’accepte, mais le libraire – pas habitué à ce genre d’objet – ne sait pas vraiment quoi en faire ni où le mettre, et le lectorat ne sait pas non plus comment l’appréhender. Finalement, il vaut mieux ne pas trop faire éclater les cadres.”

Frédéric Clément, en 2012
En vrai, ça me laisse… Triste. Et un peu découragée. Comme si cette histoire était un cercle vicieux.
J’ai également trouvé un autre article, un peu vieux mais intéressant sur les différentes maisons d’éditions de l’époque. Et puis, finalement, FINALEMENT, j’ai réussi à mettre la main sur des livres destinés aux adultes. La raison pour laquelle j’ai eu autant de mal ? Je l’ai trouvé le lendemain, en continuant de rédiger l’article. Je. Suis. Furax. Mais j’y reviendrais plus tard.
En attendant, tout ceci mérite bien un petit récapitulatif. 

Quels genre d’albums existe-t-il en littérature adulte ?

Eh bien, le premier et le plus répandu, c’est la reprise de textes déjà existants. Et là on va toucher à la frontière avec un autre genre, auquel je n’avais pas songé, c’est le livre illustré. Je m’explique : ce sont des livres avec du dessin mais où le ratio texte/dessin commence doucement mais sûrement à se déséquilibrer du côté du texte. Et du coup je m’interroge, est-ce encore de l’album ? Ca va tellement varier d’un livre à l’autre, dur à dire… Aussi je détaille un petit peu.
On trouve trois types de textes dedans :
Les classiques pour enfants et contes :
Et je vous entends déjà râler parce que je n’étais pas censé parler de littératures jeunesse là, c’était le but. Oui, MAIS. Il y a des textes jeunesse qui sont tellement vieux qu’on ne voit plus que le côté classique. Pinocchio, Alice au pays des merveilles, Peter Pan… Et il y a les contes aussi, souvent repris dans leur version non adoucies. Benjamin Lacombe, par exemple, est connu pour avoir illustré pas mal sur ce thème aussi je vous laisse avec quelques une de ses images.
Les classiques pour adultes :
Et là, la décision d’appeler ça album ou “grands textes illustrés” va tellement varier d’un site à un autre. La BDM de Marne présente par exemple “Les voyages de Gulliver”, “Sherlock Holmes” ou encore “L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde” comme des albums pour adultes. Je pense que vous même pouvez penser à quelques uns. Ca rentre clairement dans la catégorie des belles éditions, des livres que l’on prend parce qu’il y a de beaux dessins et le plaisir esthétique est clairement là. Je veux dire, s’il n’y était pas, on se serait contenté de la version poche à trois francs six sous. Mais je ne suis pas sûre de pouvoir compter ça comme ? Je ne sais pas. Et en même temps, ne pas les mentionner m’aurait paru bizarre. Je vous laisse des images pour que vous jugiez de vous même. 
Les oeuvres plus récentes pour adultes :
Là… on est clairement sur de l’album. Le meilleur exemple que j’ai et que j’avais déjà remarqué, justement car il faisait un peu “tâche” dans le rayon, c’est “La tresse” de Laetitia Colombani et Clémence Pollet. Vous avez déjà entendu ce nom ? C’est normal, c’est un roman qui est sorti en 2017. Il est super d’ailleurs, je ferais peut-être un jour un article dessus mais là n’est pas le sujet. Récemment, une partie du livre a été adaptée en version album. C’est une autre possibilité d’adaptation.
Une autre possibilité, ce sont les livres pour enfants mais qui attirent quand même les adultes. Et là dedans, on va encore avoir pas mal de possibilités :
D’abord, il y a les livres qui sont pensés à la fois pour les enfants et pour les adultes.
Certains auteurs et autrices le revendiquent clairement et je vais vous mettre ci-dessous un extrait de la préface de l’album “Les riches heures de Jacominus Gainsborough” de Rébecca Dautremer. C’est un principe qui me fait pas mal penser à certains dessins animés où il y a le concept de niveau de lecture. Il y en a un pour les enfants et un second qui rajoute du sens à l’histoire, ce qui fait que tout le monde y trouve de l’intérêt. Et puis il y a aussi des histoires qui sont suffisamment universelles pour attirer tout le monde (les contes par exemple).
Je savais pas où le mettre mais certains albums sur la parentalité, surtout ceux racontés du point de vue du parent peuvent surement résonner chez certains.
Et enfin, un cas assez intéressant, il y a des albums qui, OFFICIELLEMENT, sont pour enfants et je pense qu’ils peuvent les lire mais qui, par leur thèmes, leurs manières d’être raconté, leur personnage principal… semblent bien plus destiné à un public adulte. D’ailleurs, même si c’est rangé en jeunesse, on assiste à des recommandations d’âge bien loin des écoles maternelles : à partir de 8 ans, de 10 ans, voire même 12… Ce n’est pas banal !
Vous pouvez en voir quelques uns ici, une fois de plus. Une correspondance entre un soldat et sa femme, un album sans mot sur les atrocités de la guerre, un vieillard qui vend ses souvenirs, une histoire d’amour et de fleurs entre deux sexagénères , le facisme de Mussolini, le communisme, un pacte avec le diable… Fuck, on est loin des thèmes habituels qui sont davantage dans la vie quotidienne ou le merveilleux ! Et encore, je me suis retenue de tout citer.
De même, en feuilletant le catalogue des éditions memo, on est frappé à se demander pour certains “qui est le public visé ?” alors que, officiellement, ce sont les enfants.
C’est assez surprenant de voir ce genre d’album rangé en jeunesse. Après, j’ai l’impression qu’il y a une prédominance des thèmes de guerre et de morts dedans. C’est peut-être faussé par ma sélection mais je trouve ça dommage.
(Parenthèse importante, je ne dis pas que la guerre ou la mort ne sont jamais abordées en littérature jeunesse, parce que c’est faux. J’ai au moins une dizaine de contre-exemple en tête. De manière directe ou détournée, il y a toujours eu des histoires à ce sujet. Mais dans ces livres-là, il y a un traitement, une manière de raconter qu’on retrouverait davantage dans de la littérature adulte).
Il y a également les OVNI, qui se désignent souvent comme tels, reçoivent souvent ce prix et demeurent un gros mystères. J’entends par là tous les albums qui, CLAIREMENT, ne sont pas adressés aux enfants mais qui, même pour un adulte, est assez perché et difficile d’accès. Wikipedia, même s’il s’est montré peu fiable, parlait d’un marché “underground” ou artistique et j’ai l’impression – mais je peux me tromper – qu’on est en plein dedans. Ce sont des ouvrages qui demandent un certain contexte pour apprécier et qui ne vont sans doute pas plaire à tout le monde. Un des meilleurs exemples que j’ai trouvé est “Le Haret québecois et autres histoires” d’Anne Boulanger qui a gagné le prix.. OVNI du Salon du livre et de la presse jeunesse. Il n’est plus trouvable depuis un moment mais je vous laisse quelques images.
Et enfin, ENFIN, il y a les albums à destinations des adultes, sans aucun doute, sans aucun classement d’âge ! Et qui sont…. Le plus souvent classés en roman graphique. Permettez, je m’en vais casser quelque chose et je reviens.
Oui, ça risque d’être compliqué à trouver si tout ceci est mélangé à d’autres livres tels que des BDs. Je savais déjà que l’appellation “roman graphique” était naze et rien d’autre que du marketing, une façon de dire “bande dessinée” sans le dire mais je ne savais pas que cela couvrait d’autres choses également. J’avoue être quelque peu énervée par ce fait mais bon…. Ceci dit, s’il y aurait une nuance qui m’échappe, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire.
Pour en revenir au plus pratique, vous trouverez davantage ici. Je vous laisse avec quelques illustrations.
Ok, j’ai enfin fini ma plongée dans les albums adultes. J’y vois un peu plus clair, une fois de plus et on pourrait passer au point suivant, après tout, cet argument est bien trop long déjà mais cela ne me plait pas de finir là dessus.
J’ai commencé cet argument en disant “[…] un album, c’était une petite histoire mignonne, simple et pleines de bons sentiments.” Et là je suis en train de terminer sur les albums adultes ? J’aurais trop l’impression de prendre un genre pour taper sur l’autre, de dire “Oui, vous en faites pas, y a pas que les histoires stupides pour enfants (qui sont eux même très stupides), y a aussi des trucs sérieux pour adultes.”
Oui, il y a une très grande diversité d’album, pour tous les goûts, tous les tons et tous les âges. Mais même les petites histoires, celles qui sont simples, qui ne racontent pas grand chose et sont emplies de niaiseries, mêmes celles-ci ont de la valeur donc terminons sur la défense de ces livres.
Une histoire n’a pas besoin d’être complexe pour être bien. Elle n’a pas besoin d’avoir des thèmes sérieux. Le sujet, même le plus petit, même le plus insignifiant, s’il est bien raconté, peut donner un bon livre. Parfois, on a juste besoin, après une dure journée, d’un peu de lecture doudou – n’est ce pas le principe de la littérature feel good ? Eh bien les albums de ce genre sont les meilleurs doudou, les meilleurs feel good qu’il puisse y avoir. Alors essayez de mettre un peu de douceur dans votre vie ♥

3. La lecture à voix haute

Je pense que vous l’attendiez celui là, non ? x’)
Je suis une grande amatrice de livre audio. J’aime beaucoup écouter quelqu’un lire – bon par contre, je suis nulle pour lire à voix haute. Et l’album est vraiment un livre conçu pour être lu à voix haute. C’est ce qui m’a vraiment marqué quand j’ai lu “Les riches heures de Jacominus Gainsborough”, c’était le rythme des phrases. J’entendais presque quelqu’un me raconter l’histoire, c’était un ton très différent d’un roman par exemple ou même d’un livre audio. J’ai l’impression, mais ce n’est peut-être qu’une impression, que, parce qu’il y a moins de phrases, celles-ci sont choisies avec plus de soin.
De plus, si vous avez l’occasion de lire à haute voix, de lire à plusieurs, c’est une expérience totalement différente que de lire seul. Certes, on peut lire des romans à haute voix mais, à moins d’en prendre un particulièrement petit, ce sera plus long et laborieux. Il n’y aura pas également l’interactivité propre qu’a l’album (et que nous allons développer juste après).
Lire un album, surtout à haute voix, surtout à plusieurs, c’est une expérience particulière et que vous avez surement oublié.

4. Les spécificités de l’album

Le saviez-vous ? Un album est rempli d’éléments que vous ne retrouverez nulle part ailleurs (ou presque) et dont on devrait davantage profiter.
Plus sérieusement, parce que les albums sont souvent destinés aux enfants, un grand nombre d’entre eux qui jouent sur l’interaction. Cela peut prendre différentes formes.
Les plus marquantes, évidemment, ce sont tout ce qui est du ressort du pop-up. C’est par ce nom qu’on désigne tout livre “dont les pages contiennent des mécanismes développant en volume ou mettant en mouvement certains de leurs éléments.” Ca va de la double page entière qui devient en 3D comme ici, avec Poudlard. Parfois, c’est seulement un élément, comme dans cette adaptation d’Alice au pays des merveilles. Mais cela implique également tout ce qui est volet à soulever, à tirer, mécanismes qui bougent et même toute la partie sensorielle où il faut toucher des surfaces.
Quand j’étais petite, j’avais un album où une petite souris trouvait un trésor. Ce dernier, qui ressemblait à une grosse pépite (?) était dans une matière un peu différente si bien qu’il brillait et on ne voyait que ça sur l’image. Et après la découverte, l’album se coupait en deux. Littéralement. Il y avait une histoire en haut et une autre en bas sur ce qui se passait si la souris prenait tel ou tel choix. C’est un exemple d’utilisation intelligente des mécanismes de l’album pour servir le récit. Par contre, ne me demandez pas le nom de l’album, je l’ai perdu depuis…

Autant dire que vous n’en croiserez pas souvent ailleurs. Cependant, l’appréciation de ces formes est assez clivante. Généralement, soit on aime et on trouve ça marrant, soit cela nous laisse totalement de marbre et dans ce cas, eh bien… L’argument ci-dessus n’a pas beaucoup de sens.
Mais il n’y a pas que le pop-up en interactivité. Avec les moyens modernes, on peut aller encore plus loin. Certains livres sont liés à une application qui vient compléter la lecture, soit en rajoutant d’autres visuels, observer le décor d’une page à 360°, jouer une animation ou même rajouter un son d’ambiance. On parle de lecture en réalité augmentée. Après, est-ce réellement bien ou juste un gadget ? Cela semble varier et j’imagine que certains peuvent apprécier et d’autres pas du tout. Personnellement, je n’ai jamais eu l’occasion d’en voir un, je ne saurais vous dire. Aussi je vous mets des liens vers une critique de deux livres, avec des procédés différents, pour que vous vous fassiez votre opinion. Il y a cette critique sur « Graou n’a pas sommeil », de Kaisa Happonen et Anne Vasko ainsi que cette autre sur “Copain ?” de Charlotte Gastaut.

Toujours dans le domaine du numérique, certains albums sont directement des applications sur tablette, se situant alors à la frontière avec le jeu vidéo narratif ou le visual novel. Là encore, l’idée est d’avoir des animations, du son, des vidéos, éventuellement un conteur… Par exemple, “Et la musique fut” est une histoire, se déroulant à la préhistoire, d’une vingtaine de pages et que l’on peut télécharger et mettre sur son écran. Il y a alors possibilité de lire soit même ou d’écouter le conteur le faire. Chaque page est illustrée et animées. Les mots compliqués sont notés en gras et on peut cliquer dessus pour avoir accès à une explication. Le but étant d’inciter les jeunes à la lecture et de favoriser l’autonomie. Là encore, à vous de juger si c’est une bonne ou une mauvaise idée et si vous, cela vous intéresse.

Cependant, vu que nous sommes sur le sujet, vous saviez que ce système d’album sur application avait permis à plusieurs albums d’être adapté et traduit en langue des signes ? 😀 Moi pas et je trouve l’initiative plutôt chouette !
Mais retournons à des moyens plus classiques et moins tape à l’oeil. Dans un album basique, sans application, ni pop-up, où va se trouver l’interaction ?
Eh bien, de part sa nature même, l’album a deux registres : le texte et le dessin. Evidemment, les deux s’inter-opèrent pour raconter l’histoire mais ils peuvent aussi raconter chacun leur(s) propres(s) histoire(s), jeu qu’on ne retrouvera pas par définition dans le roman.
Je m’explique : la plupart des albums sont conçus pour être lu à quelqu’un. De fait, on s’attend à ce qu’il y ait une personne (traditionnellement l’adulte) qui lise tandis que d’autres écoutent. Les deux niveaux de lectures se jouent alors : le conteur suit le texte, la personne qui écoute suit l’image. Il faut alors au second suffisamment d’éléments pour comprendre l’histoire mais aussi des supplémentaires pour capter son attention. Cela va se traduire par des détails dans le fond, des personnages à retrouver, des indices sur la suite, des détails incongrus, et cette “seconde histoire”, non explicitée par la narration.
Mais même si vous lisez seul, observer l’image à la recherche de tout ceci, prendre son temps, peut être quelque chose d’intéressant.

Après, je ne dis pas que tous les albums ont tout ce que j’ai cité. Cela dépendra pas mal de l’âge, du sujet, du ton…. Mais j’ai essayé de lister ce qu’on trouve le plus souvent.
Enfin, quelque chose qui est plus dans la spécificité que dans l’interactivité… Il y a des albums qui sont “sans paroles”, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucun texte et c’est à vous de reconstituer l’histoire, à partir de ce que vous voyez, ce que vous imaginez, les détails glanés… On trouve également des BDs sans paroles ! Un bel exemple est “Un océan d’amour” de Grégory Panaccione et Wilfrid Lupano. Mais la bande dessinée est plus guidée, vu qu’on a davantage de cases donc je trouve cela un peu différent.
Personnellement, c’est un genre que j’aime beaucoup. C’est typiquement le type de livres qui seront qualifiés de “poétique” ou “d’onirique” et ça peut faire fuir certains, car ces mots peuvent dire tout et n’importe quoi. Mais pourquoi ne pas tenter ?

Il y a des gens qui n’aiment pas les dessins dans un livre pour ne pas concurrencer l’image qu’ils se faisaient de l’histoire, grâce à la narration. Peut-être bien que ces livres sans paroles sont à l’extrême opposé : il n’y a pas de texte qui viendrait concurrencer l’histoire que vous vous racontez.

5. Souvenir d’enfance

Est-ce que vous avez déjà relu des livres que vous aviez connu enfant ? Je ne parle pas (encore) d’albums mais des romans, qu’ils aient été jeunesse ou non. Ceux qui vous ont marqués, sur lesquels vous avez appris à lire ou au contraire que vous aviez oublié. Si oui, vous comprenez sûrement de quoi je parle. Si non, vous devriez tenter, au moins une fois.
Il est très probable que le souvenir que vous en aviez sera différent de ce que vous lirez. Entre les détails que vous aviez oublié, les passages que vous vous rappelez par coeur, les points qui vous étaient totalement passés par dessus la tête, les mystères qui font enfin sens, parfois même la seconde lecture qui vous apparaît… C’est une expérience assez enrichissante qui permet d’avoir un nouveau regard sur une oeuvre.
Eh bien pour les albums, c’est pareil. Relisez les vieux albums que vous aviez, enfant. Bon, je vous conseillerais aussi de lire les nouveaux mais ce n’est pas pareil. Ceux qu’on vous a lu des dizaines de fois, ceux que vous connaissiez par coeur, ceux qui vous sautent en tête quand on vous parle d’album, relisez les. Si il y a quelque chose qui vous a plus dedans autrefois, peut être qu’il sera encore présent. Et s’il ne l’est pas, eh bien vous aurez au moins eu une bonne dose de nostalgie.
(Le niveau au dessus, que je conseillerais, ce serait d’analyser, de se questionner. Comment l’histoire est construire, qu’est-ce qui vous plaisait dedans avant ? Voire même, est-ce que vous comprenez autrement certaines scènes, de votre point de vue d’adulte ? Mais c’est juste une suggestion).

Et voilà, c’est fini pour cet article, bien trop long !
J’espère que cela vous a plu, qu’il vous a donné à réfléchir ou fait découvrir des choses.

Je serais très intéressée d’avoir vos retours. Par exemple, si vous n’aimez pas du tout les albums, pourriez-vous dire pourquoi, vos raisons, tout ça, ce serait intéressant. Ou au contraire, si vous en lisez, si vous auriez des recommandations, des avis… De plus, j’ai tenté de faire de mon mieux pour l’article mais s’il y a des informations inexactes ou manquantes, n’hésitez pas à compléter !

Sur ce, je vous dis à vendredi prochain pour un billet lecture.