Wicca

Encore un livre de mon bingo, vous risquez d’en manger plusieurs ces temps-ci. Contre toute attente, je n’ai pas commencé par ce dernier et j’ai même mis un peu de temps à le lire vu qu’on était déjà en mars quand je l’ai enfin fait et que ma PAL était bien entamée.

De base, je partais avec des a priori plutôt positifs : c’est une maison d’édition que j’aime beaucoup, les retours dessus étaient plutôt bons et ce que j’avais lu sur ses intentions m’intriguait. Je m’attendais donc à un petit roman jeunesse feel-good, dans la lignée de « Viser la lune ».
Qu’en ai-je pensé finalement ? Voyons cela de suite !

Wicca

Autrice : Marie Alhinho

Date de publication : 2019

Nombre de page : 214

Résumé : Dans la campagne perdue du Berry, où vivent encore les créatures d’antan, les Sorcelage sont loin d’être une famille ordinaire ! Avril et Octobre, comme leurs ancêtres avant eux, pratiquent en secret la Wicca, une forme de sorcellerie naturelle et bienveillante. Lorsque le cercle de pierres magiques qui protège la région est brisé, ils doivent compter sur leur meilleure amie Nour et le feu follet H pour empêcher d’anciens démons de resurgir.

Mon avis :

Première bonne surprise de ce livre : ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais.

Je pensais que ce serait avant tout un petit roman feel good, surtout tranche de vie et avec un soupçon de magie pour faire thématique. Je me suis retrouvée avec un bon roman fantastique jeunesse. Il y a de vrais enjeux, une aventure, plusieurs fois du danger. On reste certes dans de la littérature pour enfant, avec ce que cela implique sur ce qu’on peut ou non montrer mais cela demeure d’excellente facture.

Ce qui m’avait mis sur cette piste, outre la maison d’édition, c’était les propos de l’autrice qui disait avoir écrit un livre qu’elle aurait voulu lire quand elle était jeune. C’était un point qui revenait souvent dans les critiques également : le message. Je ne sais pas si on peut parler de morale à ce sujet, donc je vais employer plus ce terme. Clairement, il y est. Sans vouloir entrer dans les détails pour ne pas spoiler, plusieurs créatures y font référence et la résolution de fin est dans cette optique. Mais là où je pensais que ce serait du tranche de vie feel-good qui aurait juste un peu de magie pour mettre de l’ambiance, je me suis rendu compte que c’était l’inverse. C’est un roman jeunesse fantastique qui utilise le feel-good pour donner vie à son univers.

J’espère que ce que je raconte est compréhensible, ah ah. Mais ça me semblait important de commencer par ce point.
A part cela, un autre point que j’ai adoré c’est… LE BESTIAIRE ! J’étais aux anges devant le choix des créatures. Dans un roman fantastique de ce genre, c’est un point important pour la crédibilité et la richesse du background. Au début, on a du classique : des esprits, des fantômes, des feux-follets, des sorcières… Mention spéciale à la maison, tout de même, qui est vivante et est une très bonne façon de commencer le récit. Et ensuite, on a eu droit à plus ! Il y a quelques créatures qui sont inventées et qui sont très bien construites. Et puis, il y a celles qui m’ont fait bondir de plaisir : il y a des lavandières de nuit !

C’est tellement rare de les voir. Je les ai directement reconnues et j’étais tellement contente. En plus, leur passage est bien effrayant comme il se le doit. D’ailleurs, je pense qu’une partie des gens qui me lisent ne comprennent absolument pas de quoi je parle. Tant mieux ! N’allez pas voir Google, mais lisez plutôt le livre.
En résumé : un excellent point pour moi.
Point suivant, et un peu abordé dans le précédent, il y a plusieurs passages avec un bon suspense, bien géré. Pas partout malheureusement et Chouette y reviendra plus tard. Pourtant, à plusieurs moments, l’autrice montre qu’elle sait bien gérer son rythme, nous faire flipper ou créer des crescendo. L’exemple le plus parlant, c’est évidemment la fin qui a une belle montée, mais pas que. C’est juste dommage que tout le roman ne puisse pas suivre cette idée. .
Les personnages, parlons-en un peu. Dans ce genre de récit, ils sont assez importants, car c’est en grande partie sur eux que repose l’histoire. Nous avons un trio de tête : Avril et Octobre, qui sont frères et sœurs, ainsi que Nour leur amie. Si Avril est clairement le personnage principal, celle dont on est le plus dans ses pensées, Octobre la seconde de près. Ils sont assez bien caractérisés et assez plaisants à voir. J’ai bien aimé que la tête brûlée soit la fille et l’empathique le garçon d’ailleurs, mais je suspecte que cela soit fait exprès. De plus, on ne tombe pas dans les caricatures — en tout cas pour ces trois-là. On a clairement l’impression de voir des préados et ils sont plutôt crédibles sans en faire trop. Nour est clairement en retrait, mais ça vient plus de son rôle de personne externe à l’histoire. Je pense que, si suite il y a, elle prendra un rôle plus important.

La plupart des personnages secondaires sont plus que corrects. Certains ont une bonne présence comme le feu follet H ou la tante, d’autres ont des tics qui les rendent marquants, comme le fantôme de l’oncle avec son parler très particuliers. Les personnages puissants dégagent de la crainte, les antagonistes de la menace. De manière générale, on a une galerie de personnage haut en couleur.
J’ai beaucoup apprécié que la fin soit ouverte, car on sent qu’une suite est possible et je la lirais avec plaisir. Si ce n’était clairement pas parfait, c’était plus que plaisant et cela me donne envie de voir ce que ça donnera après. .
Enfin, dernier point, j’ai un faible pour le dessin. Le livre a été illustré par Diglee qui est, de base, une illustratrice que j’aime beaucoup. À l’intérieur, on trouve de petits dessins sur les côtés pour décorer. Les titres des chapitres sont stylisés. Le livre est découpé en plusieurs parties et chaque changement est fait par un dessin et un encadré avec des informations, par exemple sur les feux-follets. C’est le genre de chose qu’on ne trouve qu’en jeunesse (malheureusement), mais qui rend la lecture très agréable.
En conclusion : un bon roman jeunesse, avec un sous-texte feel-good, un bestiaire de qualité, un trio bien campé, des personnages hauts en couleurs, une fin ouverte qui appelle à une suite ainsi que de beaux dessins de Diglee.

Ok, mais rentrons dans le vif du sujet, le fâcheux. C’est un livre jeunesse, avec ses qualités et ses défauts.

Et qu’on se mette bien d’accord : j’ADORE la jeunesse, le souci n’est pas là. C’est quelque chose que je consomme souvent, même si je lorgne plus du côté adolescent/jeune adulte. Wicca est adressé avant tout aux 10/12 ans, je dirais. Fin de primaire, début collège. Ça a un rôle sur le registre de langage et ce qu’on peut se permettre de dire ou de montrer. Il faut aussi noter qu’on est dans du fantastique, pas de l’horreur donc les enjeux ne seront pas les mêmes. C’est clairement à prendre en compte à la lecture.

Toutefois, ce n’est pas une raison pour attendre moins. Ce n’est pas parce que le public visé est jeune que l’on peut se permettre d’être moins exigeant ou de donner de la mauvaise qualité, et ce n’est pas une histoire de complexité ou non. Les histoires pour très jeunes enfants sont très simples et pourtant, même elles, devraient avoir un niveau de qualité. On peut très bien écrire du très bon avec du très simple. L’idée « Ce sont des enfants, ils sont cons donc on va mettre le minimum syndical » elle n’est pas pour moi justifiable, pas plus qu’excuser les défauts par « c’est pour les enfants ».

Bon, après, je vous rassure, Wicca ne souffre pas de ça. C’était avant tout un disclaimer pour bien préciser mon état d’esprit. Sérieusement, si le livre avait été mauvais, vous auriez entendu mon sel bien avant x’D.
Mais ceci étant bien clair, on va tailler dans le vif.
Il y a un gros, gros, GROS problème avec le tell et le show. Le livre passe son temps à nous expliquer les choses au lieu de nous les raconter et ça casse le récit. Il y a des détails importants qu’on apprend juste avant qu’ils ne servent. Et quand je dis « juste avant », ça va de « deux, trois pages avant » à « quelques lignes avant » et ce, avec la subtilité d’un éléphant.

Et c’est d’autant plus frustrant qu’à côté de cela, il y a des passages entiers où tout va bien, des moments où le rythme est parfait, un final qui est vraiment bien. Ce n’est pas que l’autrice soit incapable de le gérer, elle montre plusieurs fois qu’elle le peut. C’est juste qu’on alterne entre un extrême et un autre et c’est frustrant, car on ne peut s’empêcher de dire « Si tout le livre avait été comme ça, c’aurait été parfait ».

En plus, il y a même un magnifique leurre dans lequel j’ai mordu à pleine dent, qui détournait du véritable indice et c’était tellement satisfaisant de voir cette résolution et d’avoir un « ooooh O.O C’était donc ça » lors du final.
Je vais donner un exemple concret de ce trop-plein de tell et pas assez de show. Ca va me permettre d’embrayer sur un autre souci par la même. Durant la fête d’Halloween, on apprend, subitement, que l’un de leurs amis a eu un changement de comportement brusque. Ce n’est pas montré, ce n’est pas sous-entendu ou mis en scène par un exemple, une péripétie ou autre. Non, c’est juste dit dans la narration, comme ça. Et évidemment, ça aura un rôle important plus tard. En même temps, c’était un peu normal, car comment aurait-on pu comprendre autrement ? Ce personnage n’a aucune personnalité ! Autant le trio est super et la moitié des persos secondaires sont bien caractérisés, autant l’autre moitié n’existe pas. Ce sont à peine des figurants et encore. Ce qui est un peu compliqué quand on veut faire croire à un groupe d’amis par exemple… Je croyais au trio, je croyais à la relation fraternelle ou celle entre Avril et Nour. Mais les deux autres amis, je n’y croyais absolument pas. Comment suis-je censé être impliqué dans son sort par la suite ?!
Et de manière générale, c’est parfois trop rapide. Par exemple, il y a une scène de dispute, qui était pourtant importante, qui se règle bien trop vite. Je trouve que le livre n’aurait rien perdu à ralentir un peu par moment et rajouter des pages, développer davantage, amener certains détails bien plus tôt… Quitte à peut-être écrire un peu moins gros si c’était un problème de pages maximum.

En vrai, la raison à tout ce que je viens de citer, je pense la deviner sans problème. Si c’est bien un premier tome, alors l’autrice est en train de poser le background et elle n’a pas réussi à tout développer. On est encore trop dans de l’exposition. C’est pour ça que clairement, s’il y a un deuxième tome, je l’achèterai sans même y songer deux fois et j’espère que ce problème sera résolu.
En conclusion : trop de tell, pas assez de show, la moitié des personnages qui tombent à plat et un sentiment que c’est incomplet.
En résumé ? C’est un bon roman jeunesse de fantastique, une bonne surprise avec un trio attachant, de bons moments, un bestiaire digne de ce nom et des illustrations superbes. Mais c’est entaché par des soucis de narrations et de personnages sans compter une impression que le livre n’est pas fini, ce qui l’empêcher d’être parfait et gêne à plusieurs moments.
Avis définitif : Qu’on soit bien d’accord, j’ai beau avoir détaillé en long et en large mon soucis avec Chouette, je ne déteste pas ce livre. Au contraire, il FAUT que vous lisiez ce roman. Il est vraiment bien, il vaut vraiment le détour et je le recommande avec insistance. C’est justement parce que je l’ai aimé et que j’aurais voulu qu’il soit encore meilleur que je me montre exigeante.

D’ailleurs, je ne le dis pas (et je devrais sans doute) mais si vous l’avez lu et que vous en avez un autre, n’hésitez pas à le dire en commentaire. Je serais ravie et intéressée d’avoir des avis contraires 😀
Sur ce, merci de m’avoir lue ! Et je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle critique 😀

Laisse moi entrer

Crédit image : Let The Right One In - Jason Edmiston

Let The Right One In – Jason Edmiston

Un jour, j’arriverais à faire mes chroniques à l’heure, promis….

Bonjour tout le monde ! Nous revoilà avec encore un livre du bingo. Navrée pour ce manque de diversité x’)

Si vous vous souvenez bien, je l’avais présenté comme une lecture que je n’arrêtais pas de repousser. Un livre qui me faisait envie mais que je n’arrivais pas à commencer. Aussi, forte de ma détermination, je l’ai entamé en premier… Et fort heureusement car j’ai mis du temps avant de le finir.

Est-ce que ça en valait le coup ? C’est ce que nous allons voir tout de suite.

Laisse moi entrer

Auteur : John Ajvide Lindqvist

Date de publication : 2009

Nombre de page : 608

Résumé : » – Oskar… Cela provenait de la fenêtre. Il ouvrit les yeux et regarda dans cette direction. Il vit les contours d’un petit visage de l’autre côté de la vitre. Il écarta ses couvertures mais avant qu’il ait eu le temps de sortir de son lit, Eli murmura : – Attends. Reste dans ton lit. Est-ce que je peux entrer ? Oskar chuchota : – Oui. – Dis que je peux entrer. – Tu peux entrer. «


Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au coeur d’une banlieue glacée de Stockholm. Il est martyrisé par trois adolescents de son collège. Eli emménagé un soir dans l’appartement voisin. Un homme l’accompagnait. Elle sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable. Une magnifique et sanglante histoire d’amour et d’amitié entre deux êtres désespérément seuls et différents.

Mon avis :

AH. Ah ouais… Je… Oh, ça va être compliquée cette histoire.

Exceptionnellement, je commence avec Chouette pour cette chronique parce que je dois commencer par certains points. Sérieusement.

Ce livre est glauque, genre, vraiment, vraiment glauque. Et c’est peut-être bizarre de commencer par ce point, car, après tout, Chouette, évidemment que cela allait être glauque ? N’as-tu donc pas vu le thème ? Lu le résumé ? Et en soit, ce sont de bonnes remarques et j’en suis quelque peu mitigée de devoir aborder ce point. Quoique, le résumé de Milady était tellement… à côté de la plaque que j’ai pitié des gens qui l’ont commencé sans savoir. Parce que, même moi qui connaissait les grandes lignes, j’ai été prise de court. Clairement, j’avais sous-estimé le niveau et je dois donc prévenir.

Il y a de gros TW. Notamment, sur la pédophilie avec tout ce que ça implique. Sans compter des scènes violentes assez décrites. Si cela vous met mal à l’aise, n’allez pas lire ce livre.

On m’avait vendu Oskar, le personnage principal, comme un garçon martyrisé, ayant des problèmes avec ses parents et qui ferait la rencontre d’une enfant vampire. Et, euh… Alors, le vampire, aucun souci avec. Les soucis avec ses parents, plutôt crédible sans tomber dans le pathos. Les brimades… Oui, elles y sont, mais on n’est pas dans de petites disputes entre enfants. Ici, on a des actes de sadisme, d’humiliation, qui n’arrêtent pas d’escalader si bien que, passé un certain cap, elles sont vraiment effrayantes.
Par contre, ce que le résumé ne précise pas, c’est son obsession pour les tueurs en série ou qu’il rêve de tuer ses camarades de classe. Ouaiiiiis… Je ne dis pas que le personnage est antipathique, au contraire. Même s’il est, à l’image de ce roman, glauque par moment, on a quand même beaucoup d’empathie pour lui et il est clair qu’il est surtout perturbé. Mais quand on nous vend un agneau blanc en résumé, un pauvre enfant martyrisé comme on en voit souvent dans ce genre d’histoire… Eh bien, je vous avoue que lire la scène où il taille un arbre au couteau à cran en rêvant que ça soit le ventre de son harceleur… C’est particulier, dirons-nous.

L’autre point, c’est le « père » d’Eli. Je savais, car j’avais des bases de l’histoire, qu’il y avait une relation malsaine entre ces deux-là et des soupçons de pédophilie. Je pensais, naïve que j’étais, que cela ne serait jamais explicitement dit, mais qu’il y aurait une sorte de non-dit.
LOL
Il y a des passages entiers qui sont dans la tête de ce personnage et ce n’est absolument pas sous-entendu. Commencer le roman et se prendre deux scènes détaillées de pédophilie avant d’atteindre la page 50… AH OUAIS. Ses motivations sont extrêmement claires. J’étais très mal à l’aise à chaque fois qu’on était de son point de vue. Puis, alors que j’arrivais vers le début de la fin (fin du milieu ?), je me suis fait la réflexion qu’au final, on en avait plus vue depuis longtemps, que c’était peut-être pour caractériser le personnage et que désormais, cela serait plus calme de ce côté.
LOL (bis)
Juste à ce moment-là, il y a eu une scène de viol. Je crois que le pédophile m’a fait bien plus peur que tous les meurtres par les vampires. C’était terrifiant. Il y avait des passages entiers où je ne savais plus pourquoi je lisais ce livre et où je me sentais sale, mais j’avais envie de connaître la suite. Ce fut une expérience un peu… étrange.
Un autre point, moins étrange heureusement, qui m’a dérangé, c’est le nombre de personnages. Comme je l’ai déjà dit plus haut, c’est un livre chorale où on est, au fur et à mesure, dans la tête des personnages, parfois plusieurs par chapitre. Un peu comme dans Le trône de fer, si vous voulez. De fait, on suit beaucoup de protagonistes et clairement, je me suis perdue dedans au début, entre les différents noms. Je me demandais également ce que cela apportait, certains me semblaient tellement superflus et j’étais étonnée qu’au final, on ait toute une partie où on ne parle quasiment pas ni d’Eli, ni d’Oskar, c’était un peu comme si on leur volait leur histoire. Vers la fin, cependant, j’ai compris. L’auteur était en train de placer ses pions et une fois que tout était bien aligné, l’action est devenu limpide. Même si je me demande encore l’intérêt de certain, c’était bien plus clair. L’ennui, c’est qu’avant cela, on a eu tout le début où c’était flou et où les personnages s’empilaient les uns sur les autres. Je ne sais pas comment mais je pense que cela aurait pu être mieux géré.
Le dernier point, c’est plus du chipotage mais j’ai trouvé que le livre était écrit petit, ce qui rendait la lecture assez laborieuse. Si on ajoute à cela le style pas toujours très fluide, les personnages trop nombreux et le côté glauque, il y avait des passages où je devais vraiment me forcer pour continuer. Pas la meilleure expérience de lecture que j’ai eu, quoi.
En résumé : une ambiance trop glauque pour moi, un début trop confus avec trop de personnages et un livre écrit trop petit.

Ceci dit, ne vous méprenez pas ! Je n’ai pas détesté ce livre. Bon, je ne suis pas certaine que je l’ai aimé tant il m’a mis mal à l’aise et tant la lecture a parfois été laborieuse. MAIS ! J’en ai noté beaucoup de bons points et je ne regrette pas du tout de l’avoir lu. Voilà ce que j’ai apprécié dedans :

J’ai ENFIN eu une bonne histoire de vampire, avec des enfants, qui ne soit pas de la littérature jeunesse où on efface la notion de vampire au strict minimum. Pas que je ne n’aime soudainement plus la littérature jeunesse – ça reste mon type démographique littéraire préféré – mais, clairement…. Je ne le trouve pas très développé sur ce sujet. Il doit bien y avoir des chairs de poule sur les vampires mais ils sont généralement adultes. Quand on met en scène un enfant-vampire, ce n’est pas pour de l’horrifique mais plus une sorte de folklore, généralement en lien avec halloween ou Dracula et il s’agit réellement d’un enfant normal qui aurait juste des pouvoirs de vampire en plus – et pas trop poussé, tout de même, il ne s’agirait pas de faire peur. Rien n’est exploité derrière. Quand à la littérature adulte, eh bien, bizarrement, ils mettent en scène des vampires adultes. Il y a bien Claudia de Entretien avec un vampire qui a été ma première entrée à la matière et que j’adore mais sinon, c’est assez vide. Si vous avez des recommandation d’ailleurs, je suis preneuse.

Ici, non. Si vous me permettez de me répéter, on a enfin une BONNE histoire de vampires, avec des enfants. Ca fait peur, ca prend aux tripes, rien n’est épargné.
Le côté vampire est très bien mis en scène avec reprise de plusieurs aspects de manière cohérente. Le titre, par exemple, est une référence au fait que, dans certaines croyances, le vampire ne peut pas entrer dans une maison si on ne l’a pas autorisé. C’est un point important du livre et l’auteur prend soin de détailler ce qui se passe si le vampire tente quand même d’entrer. En fait, l’auteur prend vraiment le soin de détailler les conséquences et on a plusieurs scènes de description qui font assez froid dans le dos. Tout le monde a peur du vampire, que cela soit les humains ou les infectés, ce qui est assez bien vu. Il y a plusieurs fois la comparaison avec un cancer. On a également l’idée que le vampirisme aurait sa volonté propre, sur lequel même les vampires n’aurait aucun contrôle et cela donne une scène d’agression qui était bien flippante.
Le côté enfant/enfant-vampire est de même qualité. En gros, dans ce genre d’histoire, il y a deux solutions : ou bien il peut grandir mentalement mais pas physiquement (typiquement, Claudia) et l’on a un adulte centenaire coincé dans un corps d’enfant et on joue cette carte ; ou bien il ne peut grandir ni mentalement, ni physiquement et on a donc une ambiguïté avec un enfant à la fois vieux et immature, incapable de changer. Le livre choisit la deuxième option, ce qui n’est peut être pas plus mal vu l’histoire d’amour/amitié/relation étrange qui se lit entre les deux. Ca n’atténue pas le côté vampire car, comme dit plus tôt, les enfants, même humains, peuvent se montrer assez violents. Et je trouve que l’auteur a su jouer avec assez efficacement, en montrant aussi le côté “incapable de s’occuper d’elle même” et la dépendance que cela entraînait, ce qui attire les gens douteux. Pourtant, elle reste dangereuse. Je ne saurais pas comment expliquer – à ma plus grande frustration– mais la fan d’enfant vampire que je suis a été largement comblée.
Il y a deux “”plot twist”” dans cette histoire. La première tient plus de la révélation par Oskar alors que le lecteur l’a compris depuis des plombes : c’est le fait qu’Eli est une vampire. Du coup, je me demande si on peut réellement parler de plot twist à ce niveau. Tout le monde sait et on attend juste patiemment la grande scène.
Et puis il y a cet autre autre plot twist. Qui pour le coup, en est vraiment un et que je n’ai PAS DU TOUT vu venir. Bon, en vrai, je me suis faite spoilé en allant voir des avis sur livraddict vers le milieu de ma lecture – mauvaise idée. Et il est aussi vrai que je tombe facilement dans le panneau. Mais là… J’en suis restée sur le cul. Et pourtant, cela faisait tellement sens et cela rajoutait au glauque de l’histoire. C’est vraiment un bon point pour moi.
Cela va être compliqué à expliquer vu que je ne peux rien spoiler mais. La fin. Clairement.
Je ne savais pas du tout dans quelle direction partait l’histoire, je n’étais pas certaine de comment cela allait finir. Et puis, en ce début de dernier acte (ou un peu avant peut-être ?), toutes les pièces se sont placées au bon endroit. Notamment les personnages, comme je l’ai dit plus tôt. C’était comme si tout ce qui s’était passé avant et dont on ne comprenait pas forcément l’utilité, en avait finalement trouvé une. Alors, il n’y avait plus qu’à regarder cette machine bien huilé faire son travail et je n’ai plus pu lâcher le livre.
Et je me suis laissée surprendre par la fin. Je ne m’attendais pas être aussi touchée. Pour un livre tellement glauque, c’était… surprenant. Logique mais inattendu.
De fait, et c’est lié, il y a des moments où le rythme est vraiment bien. Des passages entiers qui te coupent le souffle tellement le suspens est insoutenable et d’autres qui sont véritablement horrifiant.
Et quitte à enfoncer des portes ouvertes, avec tout ce que je viens de dire, vous vous doutez bien que l’ambiance de ce roman est top. Glauque, glaçante, avec des moments de répits et beaucoup d’horreur. C’est vraiment très réussi sur ce point là.
Et je m’arrête là pour le positif.
En résumé ?
Un livre bien trop glauque pour moi, qui m’était assez confus à la base mais qui a de nombreuses qualité comme le fait que ce soit une BONNE histoire d’enfant vampire ou son ambiance aux petits oignons qui ne m’a pas laissé indifférente – sans compter la fin et un certain plot twist.
Est ce que j’ai aimé ? Je ne saurais toujours pas le dire QoQ
Avis définitif :
Si vous aimez les romans d’horreur, le glauque ou les vampires, foncez, je pense que vous trouverez votre bonheur dedans.
Si au contraire, cela vous met mal à l’aise, ce n’est peut-être pas la meilleure des idées.
Et je rappelle tout de même qu’il y a des TW sur la pédophilie, la violence, le gore et les agressions sexuelles. Prenez soin de vous.
Sur ce, merci de m’avoir lu ! Et je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle critique 😀

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

Je n’ai pas beaucoup d’expérience avec le développement personnel. Jusque là, je voyais surtout celui sur internet, par des vidéos, souvent très accès gestion de temps ou écriture et qui, en y repensant, était une version assez light comparée à d’autres, mais qui m’allait totalement. J’en avais vu deux trois qui ne me plaisaient pas et je voyais d’autres qui étaient plus accès sur « healthy and cie » (ce qui me rend hyper méfiante à chaque fois que je lis), mais je passais mon chemin. Du coup, je ne comprenais pas trop ce qu’on reprochait et ça me semblait trop extrême.

Et puis j’ai lu « Miracle Morning » et j’ai eu un grand « AH. » Le « AH. » du GIF. Le « AH » de « Ah. Ah oui. Ah oui, mais non. Ah mais non, non, c’est pas possible cette histoire ». En gros : j’ai détesté. Vraiment. Mais les annexes étaient cools (ce qui est un peu étrange vu que j’attendais la fin avec impatience, mais arrivée à la fin, j’avais enfin un truc intéressant ?). Bref, j’ai fait un exercice et demandé de l’aide à ma grande sœur pour cela. Je crois que cela m’a collé une étiquette « Aime le développement personnel » sur le front, car j’ai eu le droit à ce merveilleux livre pour Noël. Non pas que je lui en veuille ^^ j’avais déjà vu ce livre dans les rayons et, s’il ne m’intéressait pas du tout, maintenant que je l’avais en cadeau… Pourquoi pas ?

En bref, mon a priori sur ce livre : plutôt mauvais, mais en même temps, pourquoi pas ? Je m’attendais à ce que ce que livre me redonne foi en son genre, surtout que c’était un roman.
Est-ce que mes attentes ont été comblées ? Eh bieeeeen…

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

Autrice : Raphaëlle Giordano

Date de publication : 1er juin 2017

Nombre de page : 256

Résumé : Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l’impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu’elle veut, c’est retrouver le chemin de la joie et de l’épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l’y aider, elle n’hésite pas longtemps: elle fonce. À travers des expériences étonnantes, créatives et riches de sens, elle va, pas à pas, transformer sa vie et repartir à la conquête de ses rêves…

Mon avis :

Commençons par le positif. J’avais détesté Miracle Morning. Celui-ci… Beaucoup moins.

Le fait que ce soit un roman est vraiment un avantage. L’aspect « storytelling » est bien plus supportable comme ceci, on est davantage pris dans l’histoire. Même si, en soi, c’est généralement un mécanisme qui fait mouche chez moi (sauf quand on essaye de me vendre une voiture ou qu’on utilise des arguments grossiers, type inspirational porn et autre). Pour terminer la comparaison, je me suis dit que cela venait aussi du fait que ce livre était français tandis que l’autre était américain. La mentalité n’est pas la même et, même si j’ai eu des moments WTF, c’était bien plus réaliste et crédible.

J’ai bien aimé le personnage principal ! J’ai vu des critiques qui ne l’aimaient pas, mais moi, si. À part à la fin où je trouvais certaines de ses actions trop grossières (mais j’y reviendrais plus tard), je l’ai trouvé… eh bien crédible. C’est un peu une madame Tout-le-Monde et même si je n’ai que la moitié de son âge et une situation très différente, je comprenais ce qu’elle ressentait. Du coup, cela donnait bien plus envie de tourner les pages pour voir comment les choses allaient s’arranger pour elle.
Le livre a un glossaire à la fin avec les principes importants et, même s’ils restent simples et que j’en connaissais déjà un certain nombre, ils sont utiles et pour un débutant, cela peut-être une bonne porte d’entrée.
Et c’est à peu près tout.

Bon, maintenant que nous avons dit le positif de ce livre, parlons des choses qui fâchent. Ouvrez la salière, faites couler à flots, on attaque les choses sérieuses et GRRRRRRRRRRR…

Beaucoup de situations paraissent un peu forcées. Je pense surtout à la fin qui m’a vraiment déçue. Sans trop rentrer dans les détails, car nous sommes une critique spoiler-free, c’était… Trop. Trop gros, trop rapide. Trop de drama également, juste pour pouvoir faire un dernier rebondissement alors que cela aurait très bien pu se résoudre avant. Le personnage devient soudainement naïf et, alors qu’on nous disait qu’elle travaillait son projet d’arrache-pied, qu’elle a tout un dossier et tout… Ne songe pas à faire cette démarche hypra importante sur laquelle repose tout son projet avant de changer radicalement de vie ce qui fait qu’elle se retrouve soudainement sans filet. Donc drama, incertitudes et tout jusqu’au moment inspiré de son fils et soudainement tout remarche sauf que c’était vraiment trop gros comme ficelle ça !
Sans compter l’apparition de la Guest Star qui se pointe en mode “méoui c’est réaliste”.
Aussi, je pense qu’il y avait une réflexion derrière son projet, une façon de montrer que parfois, ce n’est pas la solution la plus évidente qui est forcément la meilleure. Une façon de mettre en valeur les situations alternatives. Un peu comme les sites d’orientation qui vous rappellent que si vous aimez les animaux, il n’y a pas que vétérinaire (études très complexes) comme futur mais tout un tas d’autres métiers plus accessibles. Une bonne idée sur le papier, je saisis tout à fait l’intention. L’ennui, c’est que je n’ai rien compris à son principe. Du coup, j’étais un peu sceptique. Ça sonnait très “Start-up nation”. Mais pourquoi pas ?
Un autre point où l’héroïne m’a paru vraiment cruche, c’est le coup de la photo. “Oh mon dieu ! Je viens de trouver une photo représentant deux personnes, dont une qui ressemble vraiment à X à un détail près. Je me demande bien qui cela peut-il être. Peut-être son frère ? Oh là là !”. Attention, la réponse va vous surprendre ! Pareil pour ce plot twist très… étrange ? Moui, bof, si vous voulez ?
Et avant cela ? Eh bien, il y a deux autres points que je n’ai pas DU TOUT appréciés. Le premier, c’est celui autour du poids. Et si j’ai parlé de salière tout à l’heure, ce n’est clairement pas à la légère. Par où commencer ? 
L’héroïne, au cours de son programme, décide de perdre du poids. Elle se plaint de se sentir trop grosse, que cela lui plombe son estime de soi. Le problème est même déjà pointé du doigt inconsciemment : elle se scrute bien trop. Et vous savez quoi ? Le. Coach. Lui. Donne. Raison. Genre, quand elle lui en parle, il est totalement d’accord et lui indique une méthode pour faire un régime – restrictif au passage, parce qu’il ne faut pas déconner. Je grinçais sérieusement des dents à ce moment-là et j’ai voulu balancer le livre par la fenêtre quand il a soudainement changé d’avis deux chapitres plus loin, au pire moment, en lui faisant remarquer que son souci n’était pas son poids, mais sa perception d’elle-même. Oui, car j’ai oublié de préciser ce détail, mais le livre se contredit plusieurs fois. M’enfin bon. De toute manière, le discours est vite passé à la trappe puisqu’elle perd effectivement ses kilos. Et on touche du doigt le problème là.
Quand je vous ai dit que l’héroïne se sentait grosse, vous avez sûrement dû vous faire une estimation de son poids, plus ou moins élevé selon vos référentiels. Moi, j’avais déjà un indice, un truc qui m’avait bien fait tiquer à ce sujet : elle ne rentre plus dans “un 40 un peu optimiste” pour reprendre ses termes. Donc on peut légitimement se dire qu’elle fait une taille 42. Et là, ça tique vraiment parce que les tailles 40-42 sont les tailles moyennes en France pour une femme. C’est littéralement la plus répandue et on parle d’une quadragénaire ayant déjà eu une grossesse. Statistiquement, c’est ce qu’on devrait attendre. Vous sentez venir le souci ?
Le couperet tombe : elle faisait 59 kg.
Vous ne comprenez pas ce qui me choque ? Eh bien, c’est très simple. Vu qu’on n’a aucune indication sur sa taille (elle ne se plaint à aucun moment d’être petite ni très grande et vu comment elle se critique, on l’aurait su si c’en avait été autrement), partons sur une taille moyenne : 1m65. On sort la petite calculatrice, on va estimer son IMC (même si en soi l’IMC n’est pas parfait, il donne une assez bonne estimation dans ce cas là). Résultat : 21,67 : corpulence normale.
Ouais. Elle n’est absolument pas, à AUCUN moment, en surpoids. Elle avait même pas mal de marge. Une autre petite recherche google nous informe que le poids moyen d’une femme en France est de 63 kg (plus ou moins 2, selon les sites et études).
Et pourtant, le livre soutient qu’elle est trop grosse, c’est à peine remis en cause (et encore, ça n’a aucun impact ET le moment où il le dit est trop tard, dans une scène mauvaise et oubliée la seconde d’après). Quand elle perd ses kilos, elle est félicitée. Les conseils donnés sont au mieux risibles, au pire dangereux. Et maintenant que j’y songe, c’est bizarre qu’il ne l’emmène pas voir un professionnel à ce sujet vu qu’il l’emmène voir pas mal de monde ailleurs. On a pas de diététicien ni de cuisinier par exemple ou autre. Aucune vraie information, aucune remise en perspective, nada.
Autant dire que je grrrrrrrrrrrrrrrrrr intérieurement.
Le seul point “positif” est la mise en lumière de manger mieux, mais bon, cela aurait pu être présenté ainsi, sans passer par la case “régime”…
Dernier point et pas des moindres : c’est du développement personnel. Du coup, c’est réellement centré sur l’individu. Ça a ses bons et ses mauvais côtés. De fait, ça a tendance à zapper les explications sociales ou juste systémiques (=qui relève d’un système, . Et ça pose soucis à plusieurs endroits.
Un qui m’a réellement marqué, c’est lors d’une dispute. La situation de base est assez réaliste et a de suite fait écho en moi. Le problème de fond est la charge mentale : personnage principal est débordée, au bord de l’implosion. Elle est fatiguée, doit gérer à la fois son fils et le repas. Mari rentre et… ne fait rien, mais râle. Le ton monte petit à petit et vers la fin, ça sort les “Je suis fatigué, j’ai travaillé toute la journée !”/“Je travaille moi aussi !”/“Mais bien sûr…” (schématiquement). Bref, ça explose, elle fuit la maison, appelle son coach. Tout est clair, limpide.
La solution du coach ? Recentrer sur l’individu. “Basiquement, c’est de votre faute, vous auriez dû être ci, vous auriez dû faire ça…” tout le long. Toute la responsabilité lui incombe. C’est à elle de mieux écouter, d’être plus agréable… Vous vous rappelez quand j’ai mentionné qu’il lui dit plusieurs chapitres plus tard que le souci n’est pas son poids, mais sa perception d’elle-même ? Eh bien, c’est dans ce contexte-là. Ouais, meilleure idée au monde. Je vous passe l’extrait pour que vous compreniez :

— Je… je ne m’aime pas, c’est ça ?
— Oui, c’est ça, Camille. Vous avez tendance à interpréter les comportements de votre conjoint à travers le filtre déformant de vos pensées négatives. En ce moment, vous ne vous aimez pas tellement, parce que vous vous êtes mis en tête que vous étiez moins jolie avec vos petits kilos en trop et vos premières ridules… Inconsciemment, vous projetez sur votre mari votre peur de ne plus être aimable. […]

On notera que cela n’a aucun rapport avec le sujet de la dispute de départ et que c’est même pire que ce que je me rappelais pour le poids. La suite axe sur la communication, l’empathie et tout, ce qui sont en soit de bonnes choses, mais cela replace toute la responsabilité sur elle et dans la réalité, c’est juste un pansement sur une plaie. Ça ne va pas assez loin, ça ne creuse pas le cœur du problème. C’est dû au côté développement personnel, mais également au côté roman : on ne peut pas se permettre de faire un essai, il faut que ça soit accessible (même si ça reste frustrant et qu’au moins une mention ou vague explication m’aurait suffit).
Aussi, ultime note que le livre se contredit, les parents étaient censés être dans l’éducation positive avant que le livre ne commence. Certes, la mère n’en pouvait plus et a effectué un virage à 90° en devenant trop stricte. C’est posé comme étant le principal problème dans sa relation avec son fils. Mais du coup, tout ce que le coach lui explique dans cette discussion, elle ne devrait pas déjà les connaître ? Je veux dire, c’est la base de l’éducation positive. Ca m’a fait tiquer à la lecture.
Le livre est rempli de petits moments comme ça où on se dit « Attends… mais non ! ». C’est un peu perturbant.
En résumé ? Je ne l’aurais pas acheté de moi même, mais je ne suis pas mécontente de l’avoir lu. Est-ce qu’il m’a réconcilié avec le genre ? Hum, non, pas vraiment. Est-ce qu’il m’a plu ? Bof. Il y a trop de points qui m’ont dérangé pour cela. Est-ce que je le recommande ? Franchement, oui. Si vous aimez les livres de ce genre ou que vous voulez vous faire un avis dessus, il est assez accessible et moins indigeste que d’autres.
Mais pour moi, c’est définitivement un nope.
Sur ce, merci de m’avoir lu ! Et je vous dis à la semaine prochaine pour une nouvelle critique 😀

Circé, de Madeline Miller

Pour ce premier article critique, je vais m’attaquer à un gros coup de cœur que j’ai lu cet été. De base, je voulais le chroniquer avec Achille, mais mon article devenait tellement long que je me suis résolu à couper la poire en deux. Voici donc ma critique de Circé, de Madeline Miller.

De base, un livre sur la mythologie grecque – thème que j’affectionne au plus haut point –, racontant la vie d’une immortelle, de son point de vue, ne pouvait que me plaire. J’étais partie avec un fort a priori positif et, par le hasard des choses, je n’étais pas seule à le lire. Une amie avait acheté le livre en anglais, sans qu’on en ait parlé avant et nous étions toutes les deux au même endroit. Aussi, nous en discutions au fur et à mesure de notre lecture et c’est un souvenir assez positif et lié à ce livre que j’en garde.

Enfin, dernier point qui a joué, j’écris sur la mythologie. Plus exactement, je rédige un roman sur les phorcydes, du point de vue de Sthéno. Autant dire que j’étais aux anges et que j’avais un double intérêt à ce livre : le sujet et comment quelqu’un d’autre écrivait sur ce sujet proche. Ce fut assez instructif et là encore, cela a dû jouer sur mon appréciation.

Mais trêve d’introductions, passons aux choses sérieuses :

Circé

Autrice : Madeline Miller

Date de publication : 10 avril 2018

Nombre de page : 576

Résumé : Helios, dieu du soleil, a une fille : Circé. Elle ne possède ni les pouvoirs exceptionnels de son père ni le charme envoûtant de sa mère, mais elle se découvre pourtant un don : la sorcellerie, les poisons et la capacité à transformer ses ennemis en créatures monstrueuses. Peu à peu, même les dieux la redoutent.
Son père lui ordonne de s’exiler sur une île déserte sur laquelle elle développe des rites occultes et croise tous les personnages importants de la mythologie : le Minotaure, Icare, Médée et Ulysse….

Mais cette existence de femme indépendante et dangereuse inquiète les dieux et effraie les hommes. Pour sauver ce qu’elle a de plus cher à ses yeux, Circé doit choisir entre ces deux mondes : les dieux dont elle descend, les mortels qu’elle a appris à aimer.

Mon avis :

Ne tournons pas autour du pot, j’ai adoré. Cela a été mon coup de cœur de cette année si bien que j’ai offert le livre à quelqu’un dans une tentative de le convaincre. Je regrette d’ailleurs, car j’aurais bien aimé le relire.

Le premier point qui m’a sauté aux yeux, c’est à quel point c’était bien écrit. C’est toujours compliqué d’écrire sur la mythologie, car c’est très dense et qu’il faut arriver à donner du sens à des actions qui sont parfois symboliques – sans parler de faire comprendre la mentalité d’époque. C’était doublement difficile, du fait que nous sommes du point de vue des dieux qui ont une manière de raisonner tellement différente des mortels. Madeline Miller s’en sort très bien sur ce point. Elle arrive à garder tout concis, à ne pas perdre dans la mythologie.
Un exemple qui me vient en tête et qui vous paraîtra peut-être insignifiant est une réflexion que se fait Circé sur une tante et sur le fait qu’elle ne va pas dire son nom, car elle a tellement d’oncles et de tantes qu’on ne serait pas sorti de l’auberge si elle commençait à dire qui est qui. Et c’est totalement vrai. Le livre est parsemé de petites phrases ainsi qui sont très justes et qui aident à rendre l’univers concret.
Il est aussi parsemé de petites piques, de temps à autre, qui font mouche et qui rajoutent de l’humour. Cela se voit surtout dans les dialogues. Une qui me vient en tête est le moment où Hermès arrive à la porte de Circé pour transmettre un message à un de ses habitants. Il lui dit bonjour, elle lui répond non et veut refermer la porte. Rien qu’à m’en rappeler, j’en ris encore.
Un autre point important est sa capacité à développer ses personnages afin que, même s’ils nous semblent étranges voir immoraux, ils ne sonnent jamais faux. Il n’y a aucun « méchant très méchant ». D’ailleurs, il n’y a aucun héros non plus. Le livre propose à plusieurs endroits une déconstruction du mythe du héros parfait, de manière plus subtile que je ne l’ai habituellement vu. On se fait parfois manipuler un bout de temps avant de s’en rendre compte.
De toute manière, les personnages sont vraiment le point fort du livre. On en croise beaucoup tout au long du roman et si certains sont plus développés que d’autres, ils sont tous très bien écrits. On rencontre ainsi tour à tour la famille de Circé, Glaucos, Scylla, Ulysse et tant d’autres…
Astérion apparaît dans le récit (enfin, sa naissance). Vous ne voyez probablement pas qui c’est, mais moi j’étais aux anges pendant tout le chapitre, surtout en voyant son nom cité.
J’ai un gros faible pour Pasiphaé. Je dois avouer que je ne l’avais jamais vu représenté comme cela. D’habitude, elle est passive, en retrait, telle une douce femme au foyer et dont l’épisode le plus marquant est celui du taureau. Je n’avais jamais réalisé qu’elle était sœur de Circé. Ici, elle est bien plus que cela. Elle est horrible, dans le bon sens du terme. Fascinante par la répulsion qu’elle exerce, tellement tordue, tellement représentative de l’état d’esprit si perverti des dieux, le genre de personnage que l’on adore détester et que moi j’adore tout court. Et quand on lui donne enfin la parole, son mode de raisonnement fait sens. On arrive à la comprendre alors que de prime abord, ce n’est pas évident. Je l’aime d’autant plus qu’elle fourre le nez de Circé dans ses contradictions et ça, c’était assez jouissif.
Et puis, elle a la meilleure réplique du roman. Si vous l’avez vu, vous savez de quoi je parle, c’est celle lancée à Dédale dans le chapitre d’Astérion. Quand je l’ai lu, j’ai hurlé de rire. Malheureusement, je n’ai plus le livre sous la main et je ne la retrouve pas sur internet, dommage…
Mais voilà que je parle des personnages sans même évoquer la principale. Un peu un comble, non ? J’aime beaucoup Circé, et tant mieux, car nous sommes intégralement de son point de vue. On suit, page après page, son évolution, ses réflexions, plongées dans ses pensées. Si bien que je ne pense pas que cela soit possible de lire le roman si on n’arrive pas à accrocher un peu au personnage. Elle est complexe et bourrée de contradictions, ce qui n’est pas pour me déplaire. Elle fait une très bonne narratrice, car elle se sent souvent en dehors, peu « normale », si bien qu’elle commente souvent d’un point de vue extérieur, dans une recherche de trouver sa place. On la voit tâtonner, se questionner, échouer, réessayer, se faire trahir, mûrir… Chaque nouvelle expérience lui apporte quelque chose de nouveau. Et elle sonne terriblement juste.
Sa relation avec Ulysse occupe une certaine place dans le roman, même après son départ et elle est assez bien faite. C’est par son prisme qu’il y a la déconstruction du héros. Sans trop rentrer dans les spoils, c’est un des passages où on se fait presque manipuler tant on voit tout d’abord les bons côtés d’Ulysse uniquement, qui sait se montrer charmant et vif d’esprit. Et puis, au fur et à mesure, on se rend compte de certains aspects et notamment qu’ils réveillent le pire chez l’autre – surtout chez Circé.
Et je vais m’arrêter là sur les personnages, car sinon, ma critique va être bien trop longue.
L’aspect sorcellerie est très bien traité également, car, comme le souligne ci bien Circé, ce n’est ni un don ni un pouvoir magique. C’est quelque chose qu’elle acquiert tout au long, découvrant petit à petit et nous avec. Il y a donc plusieurs passages où elle tâtonne, raconte ses expérimentations et cela m’a beaucoup plu. Cela donnait presque… envie. C’était tangible.
En dernier point positif, je n’avais pas vu venir la fin. Mais je ne peux pas trop développer pour ne pas spoiler.

Méduse n’avait pas vu venir la fin ? Oui, eh bien, notre amie commune si. Donc je ne sais pas. C’est vrai que j’ai tendance à me faire mener en bateau facilement. Elle en a aussi été un peu déçue, car, pour elle, la fin n’allait pas assez loin et c’était un peu retour au status quo. Et après qu’elle me l’ait dit, je comprenais son point de vue. C’est vrai, il y a un peu de ça.
Moralité : ne prenez pas tout ce que je dis pour paroles d’évangile, surtout chez Méduse.

Le livre étant un coup de cœur, les points suivants ne seront pas vraiment des gros points négatifs, plus des réflexions qui me sont venues en tête :
Le monde dépeint est assez sombre. Dans un sens, c’est normal, les mythes ont aussi cet aspect. Mais ce qui m’a choqué, c’est qu’à l’intérieur même des familles, il n’y avait aucune entraide ou presque. Tout le monde se sert de tout le monde pour arriver à ses fins. Circé est proche d’un de ses frères ? Ne vous en faites pas, ça ne va pas durer. Et le moment qui m’a laissé échapper un son d’indignation, ce sont les sœurs de Scylla qui se moquent d’elle.
D’ailleurs, en parlant de Scylla. Les mythes ne sont pas toujours respectés – doux euphémisme. Certes, il existe de nombreuses versions de chaque, mais l’autrice n’hésite pas à changer certains passages pour arranger son histoire. Et c’est plutôt cool, en fait. Elle avait fait pareil avec Achille dans lequel l’histoire du talon n’est tout simplement pas présente. C’est assez décomplexant quand on a tendance à avoir peur au moindre détail changé.
Ceci dit, les mythes sont quand même bien retranscrits dans leur ensemble. Et si vous me pardonnez encore de raconter ma vie… J’écris sur les phorcydes. Donc, évidemment, cela comprend Scylla et je savais ce qui allait arriver. J’avais d’ailleurs écrit l’histoire de l’autre point de vue et c’était amusant à voir. Mais du coup, j’ai vu arriver un certain personnage, j’étais là « Ah, ça y est. Nous y voilà. Je sais ce qui va se passer » et ça ne m’a pas enlevé le plaisir de la lecture, ce qui est un bon point.
Un autre point un peu négatif, c’est que Circé est parfois un peu excusée de ses actes. Cela va de pair avec certaines modifications des mythes. En fait, la raison c’est que l’autrice est peu coincée à faire l’équilibriste entre « il faut que les actions de Circé aient du sens » et ça passe par de la justification et le « Il faut aussi montrer ses mauvaises actions ». Dans l’ensemble, ça passe assez bien. Mais il y a quelques moments où est-ce que je tique.
(Bon, OK, je parle encore à Scylla qui s’en prend plein la gueule. Sérieusement. C’est pour le bien de la logique du récit et l’un des plus grands regrets de Circé, mais tout de même… La pauvre quoi x’D).
C’est un avis tout à fait personnel, mais je trouve qu’il n’y a pas assez de Pasiphaé. Elle disparaît du récit après le passage Astérion et c’est dommage, j’en aurais voulu un peu plus. Mais boooon, j’imagine que cela fait sens, il n’y avait pas de place pour elle par la suite. Et puis, on entend de ces nouvelles par la bouche d’un personnage. Je resterais donc avec ma faim et ma tristesse.
D’ailleurs, le frère jumeau de Pasiphaé ne sert à rien. C’est celui avec le moins de présence des quatre. Il était greffé à sa sœur pendant l’enfance et après, pouf, on n’en entend plus parler. Pas sûr que ce soit forcément un mal, mais ça fait un peu tâche parmi tous les autres.
J’aurais vraiment dû lire Achille d’abord. Je ne pouvais pas le savoir, car on peut vraiment lire les deux séparément sans soucis. Cependant, après avoir fini Achille, je me suis dit que cela aurait été plus logique dans ce sens. La raison principale est que Le chant d’Achille (que j’abrège depuis tout à l’heure, my bad) est raconté du point de vue des hommes. De fait, les dieux et le peu qu’on en voit paraissent mystérieux, incompréhensibles. On leur devine une profondeur qu’on ne comprend pas.
Circé, justement, est racontée du côté des dieux. De fait, à mon avis, cela a plus d’impact dans ce sens-là où dans l’autre, il y a une légère frustration à ne pas en savoir davantage (notamment de Thétis).
En plus, Ulysse est dans Achille et on s’y attache plus, car il a un peu le rôle du stratège, du type vraiment intelligent qui a un coup d’avance sur tout le monde. Peut-être que sa déconstruction marcherait mieux si on commence le livre en ayant vraiment de l’affection pour lui et en se rendant compte après des problèmes.
Voilà ! C’est fini pour cet article 😀
Merci de m’avoir lu jusqu’au bout. J’espère vous avoir donné envie de lire ce roman. Personnellement, si un nouveau roman sort de cette autrice, je me jetterais dessus immédiatement.
Et sur ce, je vous dis à bientôt !